Archives de mot-clé : Nouveau-Brunswick

Ode à mes grands-parents

Il y a des sociétés qui vénèrent leurs aînés et leur accordent un rôle de premier plan dans le développement collectif. J’admire ce respect intergénérationnel et je pense à mes propres ancêtres. Je suis le produit d’hommes et de femmes acadiennes qui m’ont précédé. Certains n’ont pas eu une existence facile, notamment mes grands-parents et les autres Acadiens qui ont vécu l’entre-deux-guerres ou même l’entrée dans la modernité après 1960.

Je dis souvent, de façon anecdotique, que j’avais 13 grands-parents à ma naissance : des 4e et 5e générations des deux côtés. Laissez-moi vous entretenir à propos de deux d’entre eux. Je les ai bien connus, je les aime et l’une est toujours des nôtres.

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Jeux de la Francophonie: la chasse aux sorcières

Comme le veut l’expression populaire, l’éditorial faisant l’autopsie des Jeux de la Francophonie (5 février 2019) est « passé à côté de la track ». François Gravel, qui mérite amplement les prix qui lui sont décernés pour d’autres éditoriaux, n’est pas sur la coche cette fois-ci. Il semble participer d’une chasse aux sorcières qui se répand en Acadie et au Nouveau-Brunswick.

Dans les médias sociaux, les uns blâment les organisateurs pour la débâcle des Jeux de Dieppe-Moncton, mort-né. D’autres font porter l’odieux sur un parti politique adverse ou l’ancien gouvernement. Certains reprochent au gouvernement fédéral sa formule connue de financement paritaire. Plusieurs achètent en entier le discours de l’austérité sans faire la distinction entre une dépense et un investissement.

Le véritable enjeu n’est pas la quête des coupables. Il faudrait plutôt questionner les causes profondes et surtout évaluer les conséquences de la décision Higgs-Austin à moyen et long terme. L’utilité d’une autopsie n’est pas uniquement de trouver les causes immédiates du décès mais plutôt d’utiliser la science pour prévenir d’autres décès à l’avenir.

Ainsi, s’il faut se pencher sur l’avortement des Jeux de la Francophonie de 2021, tirons-en des leçons pour l’avenir de l’Acadie et la francophonie au Nouveau-Brunswick. Est-ce que les Acadiens pourront rétablir un rapport de force afin de contrer ce courant intolérant qui cherche à brimer les droits linguistiques constitutionnels chèrement acquis? Est-ce que les associations communautaires et la population vont s’élever d’une même voix pour réclamer rien de moins que l’égalité réelle des francophones dans toutes les sphères d’activité?


Jeux de la Francophonie : la chasse aux sorcières

Mon opinion, L’Acadie Nouvelle,

Le 5 février 2019 (édition numérique)

Le 6 février 2019, page 10 (édition imprimée)

Quand l’antibilinguisme est élevé en politique gouvernementale

Ce qui donne froid au dos est le fait que les gouvernements, qui devraient pourtant protéger les droits des citoyens, deviennent les nouvelles figures de proue de l’antibilinguisme.

Alors que le bilinguisme institutionnel est problématique au Québec, il est vital au Canada. Les francophones font parfois frais de gouvernements moins ouverts à l’essor du français et aux droits linguistiques.

Pour les francophones en milieu minoritaire au Canada, le bilinguisme institutionnel est un rempart pour la défense des droits linguistiques. Est-ce que les gouvernements provinciaux, ayant une importante minorité francophone, s’acquittent pleinement de leurs responsabilités en la matière? L’encadrement gouvernemental est-il à la hauteur du respect que l’on doit à chaque citoyen francophone?

En contexte canadien, certaines juridictions réussissent mieux que d’autres à créer un espace public pour la langue minoritaire. Alors que l’État québécois protège fièrement la langue française, ce n’est pas forcément le cas pour d’autres juridictions.

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Jeux de la francophonie : au-delà de l’argent

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Les Jeux de la Francophonie ont réussi là où les politiciens du Nouveau-Brunswick ont échoué : ils sont parvenus à créer un consensus qui atténue le clivage linguistique. Tant les francophones que les anglophones dénoncent la prétendue montée vertigineuse des coûts requis pour accueillir les jeux à Dieppe et Moncton en 2021.

Cependant, les arguments économiques qui s’opposent au financement provincial sont insuffisants. Ils souffrent de myopie et ne tiennent pas compte de facteurs importants, notamment la réputation internationale de cette petite province canadienne. La plupart des politiciens et citoyens persistent à défendre des arguments tendancieux dans les médias : ceux qui s’alignent avec leur préférences partisanes ou idéologiques.

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Robert Gauvin : politicien ou comédien?

Les dernières élections néo-brunswickoises, avec ses rebondissements et ses revirements, étaient dignes d’une série d’HBO. Les uns y voient House of Cards, d’autres Game of Thrones. (1) Ce n’est pas tous les jours qu’un chef de parti ayant moins de députés qu’un autre parti tente de former un gouvernement. À peine le temps d’écouter son discours du Trône, le premier ministre élu, Brian Gallant, cède sa place à Blaine Higgs qui défait le gouvernement libéral avec l’appui du People’s Alliance of New Brunswick (PANB).

L’équilibre actuel est fragile et les marges pour maintenir la confiance de l’Assemblée législative sont minces. Robert Gauvin, seul député progressiste-conservateur élu par une majorité de francophones, a été courtisé par les libéraux pour changer d’allégeance. En bout de piste, il a été récompensé pour sa loyauté en étant désigné vice-premier ministre. De son propre aveu, il assume de lourdes responsabilités puisque son siège « représente à peu près 33% de la population », avoue-t-il. (2)

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Les leçons du Nouveau-Brunswick

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Le Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue, est souvent cité en exemple d’harmonie ou de bonne entente. À la lumière des élections récentes, est-ce toujours le cas? Quelles leçons la francophonie canadienne peut-elle tirer des discours récents à propos des politiques linguistiques?

Depuis la tenue du Sommet de la francophonie à Moncton en 1999 et la popularité grandissante des programmes d’immersion, les Acadiens du Nouveau-Brunswick pensaient avoir tourné la page sur l’ère de l’anti-bilinguisme défendu par Leonard Jones ou le parti Confederations of Regions (CoR). Les résultats électoraux du 24 septembre et la rhétorique anti-dualité ont eu l’effet d’une douche froide pour bien des francophones. Le People’s Alliance of New Brunswick (PANB), en ne présentant que 30 candidats dans 49 circonscriptions, a fait élire 3 députés avec 12,6 p. 100 du vote populaire (47 709 votes).

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Le discours de la division linguistique

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Pour une nième fois, la langue s’est odieusement ingérée dans les élections provinciales au Nouveau-Brunswick. La véritable question n’est pas de savoir si les Néo-Brunwickois sont retranchés dans deux camps linguistiques diamétralement opposés, mais plutôt dans quelle mesure les politiques et discours sur la langue respectent la minorité acadienne tout en traçant des voies d’avenir communes.

Les véritables intentions des unilingues anglophones, nouvellement élus, ne sont pas pleinement connues pour l’instant mais certains discours électoraux étaient carrément incendiaires, du moins pour les francophones. La controverse entourant l’organisation d’un débat des chefs en français, qui n’aurait eu lieu n’eut été l’intervention d’organismes acadiens, ne fait que confirmer l’aliénation grandissante des francophones.

La façon dont le gouvernement minoritaire, libéral ou même conservateur, va traiter la question linguistique dans un avenir rapproché reste nébuleuse. Il y a des leçons et des principes fondamentaux dont il faut tenir compte.

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