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Ode à mes grands-parents

Il y a des sociétés qui vénèrent leurs aînés et leur accordent un rôle de premier plan dans le développement collectif. J’admire ce respect intergénérationnel et je pense à mes propres ancêtres. Je suis le produit d’hommes et de femmes acadiennes qui m’ont précédé. Certains n’ont pas eu une existence facile, notamment mes grands-parents et les autres Acadiens qui ont vécu l’entre-deux-guerres ou même l’entrée dans la modernité après 1960.

Je dis souvent, de façon anecdotique, que j’avais 13 grands-parents ma naissance : des 4e et 5e générations des deux côtés. Laissez-moi vous entretenir à propos de deux d’entre eux. Je les ai bien connus, je les aime et l’une est toujours des nôtres.

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La femme acadienne à l’ombre d’Évangéline

Cette image « traditionnelle », pure et passive, que l’on a attribuée à Évangéline ne peut être dissociée d’une vision de l’histoire racontée principalement par les hommes.

Il ne fait nul doute que le mythe fondateur de l’Acadie trouve son origine dans le célèbre poème de Longfellow Evangeline: A Tale of Acadie publié en 1847. Le succès, largement assuré par l’admiration du public américain, ne passe pas inaperçu en Acadie des Maritimes. Un réveil, ou ce qui fut désigné comme la Renaissance acadienne, s’ensuit et culmine dans une série de conventions nationales où les symboles nationaux sont entérinés par les Acadiens.

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L’Acadie: la mer, l’amère, la mère

L’Acadie, la mer

Qui nous avale

Nous recrache

Se cache au fond

Qui nourrit, donne vie

.

Des flux, des flots

Qui bercent.

Averses

Ah, vers ce

Large, on largue

Les amarres. Amers

.

L’Acadie, l’amère

Goûte sûre, pour sûr

L’amertume. La mer tu me

Mets dans tous mes états

Sans lois, ni état

.

L’Acadie

Un nid sans pays

Frontières

Frondes d’hier

À aujourd’hui

Aigrie, vieillie

.

L’Acadie, la mère

Ma mère, la terre

Entière et fière

Nourricière, guerrière

Mémère, nous berce

Ses vers se versent

Prélassent, délaissent

Le poids d’hier.

.

Réveil

L’esprit s’éveille

L’histoire renaît

On sait qui on est

La mémoire allume

La masse s’assume

Là, qu’a dit l’Acadie?

L’Acadie, La Cadie, cette fière Cadie

Celle de l’histoire, celle de la patrie

S’érigent maisons en pierre et ciment

Colons paisibles en mal d’enracinement

Beauté des espaces et folie des grandeurs

Quand l’hiver bascule fête la chandeleur

Peuple de la mer qui s’affaire aux digues

S’enlise dans une funeste intrigue

Neutralité clamée, aucun Serment du Test

Prétexte des Anglais, soldats aux mains lestes

Déportée, dérangée, mal-aimée, essaimée

Mais vaillante, prête à tout recommencer

.

L’Acadie, la Quoddy

C’est où, ché pas, qu’il dit

Ici ou ailleurs, pas ça ma quoddy

Shubenacadie, Shemogue, Tracadie

Un village, une paroisse, une vie

En plein cœur du Mi’gma’gi

L’Acadie de la diaspora

L’a dit? Ah, se pourra

Qu’il y a des Acadiens

Ailleurs qu’en Acadie

Tu fais partie des miens

C’est vrai, on l’a dit

.

L’Acadie

Là, qu’a dit

La jeunesse à ton sujet

L’Acadie, c’t’un détail

Dit-elle pompée de regret

Un non-lieu, un non-dit, rien qui ne vaille

Bâtir une vie épanouie, elle en est incapable

Blocage, aliénation persistent implacables

En Acadie, des jeunes y cherchent leur place

Aux traditions, font volte-face

Du clocher, ils en refusent l’esprit

Du même souffle : la liberté à tout prix

Des questions nouvelles, la recherche du sens

Forger un espace pour soi et la différence

L’Acadie perdue ou enfin retrouvée

Entre de plain-pied dans la modernité

Résumé: À quand la fin de la sociologie acadienne?

Publié dans Astheure

Version intégrale: https://astheure.com/2017/10/04/a-quand-la-fin-de-la-sociologie-acadienne-ricky-g-richard/

En résumé

Réflexion sur l’incidence historique et contemporain du mouvement de contestation à l’Université de Moncton en 1968-69 et l’avenir de la sociologie acadienne.

Citations

« Le docu-réalité L’Acadie, l’Acadie!?!, de Brault et Perrault (ONF)[1] capture en son et en image tout le mal de vivre acadien de l’époque et mérite d’être (re)vu. Il s’agit d’un film à la fois triste et héroïque. […] S’il y avait un film que l’on pourrait caractériser de Braveheart acadien, ce serait celui-là. »

[1] https://www.onf.ca/film/acadie_acadie/

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Résumé: Ode à mes grands-parents

Publié dans Astheure

Version intégrale: https://astheure.com/2017/08/03/ode-a-mes-grands-parents-ricky-g-richard/

En résumé

Récit anecdotique en hommage au vécu de mes grands-parents, ayant comme toile de fond les conditions socio-historiques du sud-est du Nouveau-Brunswick.

Citations

« Je suis le produit d’hommes et de femmes acadiennes qui m’ont précédé. Certains n’ont pas eu une existence facile, notamment mes grands-parents et les autres Acadiens qui ont vécu l’entre-deux-guerres ou même l’entrée dans la modernité après 1960. »

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Résumé: La mort présumée du Canada français

Publié dans Le Devoir

Version intégrale: http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/503559/la-mort-presumee-du-canada- 

En résumé

À partir des états généraux de la langue française de 1967, la francophonie canadienne a dû construire son identité localement. Il s’agit d’une tentative de réhabilitation de l’idée du Canada français.

Citations

« La fin présumée de l’idée du Canada-français ne signifiait pas pour autant la mort des Canadiens français : ces femmes et ces hommes qui voulaient vivre en français ailleurs qu’au Québec. » Continuer la lecture de Résumé: La mort présumée du Canada français

La femme acadienne à l’ombre d’Évangéline

Cette image «traditionnelle», pure et passive, que l’on a attribuée à Évangéline ne peut être dissociée d’une vision de l’histoire racontée principalement par des hommes.

Il ne fait nul doute que le mythe fondateur de l’Acadie trouve son origine dans le célèbre poème de Longfellow Evangeline: A Tale of Acadie publié en 1847. Le succès, largement assuré par l’admiration du public américain, ne passe pas inaperçu en Acadie des Maritimes. Un réveil, ou ce qui fut désigné comme la Renaissance acadienne, s’ensuit et culmine dans une série de conventions nationales où les symboles nationaux sont entérinés par les Acadiens.
L’emprise du territoire oblige, le processus d’affirmation fut bien différent pour les Cajuns de la Louisiane. Le poème de Longfellow séduit non seulement la critique; il intéresse Hollywood. Une des plus grandes stars du moment, Dolores del Río, interprétera le personnage titre dans un film en 1929. Ce n’est pas peu dire: imaginez si Selma Hayek ou Angelina Jolie interprétait la Sagouine sur Broadway! Les Cajuns tirent profit de cette popularité et se «réveillent» à leur tour. Un historien de renom caractérise ainsi le mythe d’Évangéline pour l’Acadiana:

«De plus, il y a de bonnes raisons pour lesquelles l’icône de la Renaissance acadienne serait féminine. Telles les images publicitaires modernes, la version idéalisée des « filles » acadiennes est figée dans le temps, offrant apparemment un refuge aux traditions face à l’inéluctable marche vers le progrès. Cet assemblage de costumes traditionnels et les objets domestiques, tels les rouets, évoquent les valeurs ancestrales de la famille, la communauté et l’héritage qui ont fait en sorte que les Acadiens et d’autres ont pu s’approprier les traditions au même moment où elles disparaissaient. De plus, aucune figure mythique masculine n’aurait pu évoquer une image aussi romantique que celle des « Évangéline ». Les hommes qui n’ont pas le pouvoir de protéger leur famille, comme les patriarches acadiens qui furent expulsés de la Nouvelle-Écosse, peuvent difficilement devenir des figures mythiques. Mais une héroïne romantique telle Évangéline, confrontée à des événements historiques hors de son contrôle, a effectivement démontré sa vertu féminine par sa victimisation à la suite de l’expulsion des Acadiens. C’est ainsi qu’elle – bien mieux qu’une quelconque figure masculine – a pu devenir le mythe rassembleur de tous les Acadiens.»

(traduction libre) W. Fitzhugh Brundage. (2008), Le Reveil de la Louisiane: Memory and Acadian Identity, 1920-1960) dans The New South, par J. William Harris, Routledge.
Il est vrai que l’Acadie au Canada et celle des Bayous ont grandement bénéficié de la contribution notoire des femmes. Contrairement à ce qu’avance l’auteur, ce n’est pas tellement l’image «traditionnelle» qui a valu à Évangeline d’être érigée en figure mythique pour l’Acadie. C’est plutôt son ancrage à la réalité coloniale qui a suivi la Déportation qui a pu faire d’Évangeline la figure de proue du mouvement national en Acadie, particulièrement aux Maritimes.
Nous pensons surtout au rôle vital qu’ont joué maintes femmes acadiennes, trop souvent restées dans l’ombre du récit national. Celui-ci fut principalement porté par les hommes et l’élite cléricale acadienne, qui a accentué ses vertus virginales, à l’image de la Sainte patronne des Acadiens.
   Évangéline: la victime
Pour les Acadiens déportés qui ont pu errer des décennies avant de trouver refuge en Louisiane, la victimisation d’Évangéline fait partie du mythe. Les «Évangeline girls» des années 1930 étaient les plus belles filles dans la tradition des beauty pageants américains. Ces Évangéline en toute chair étaient dorées d’accoutrements traditionnels propres à l’image que l’on se faisait lors de la femme coloniale, soit une matrone confinée au foyer. Un excellent article de Fendler et Vatter trace les deux voies distinctes du mythe acadien autour d’Évangéline. Il est possible que les Acadien des Maritimes, dont les plus influents, admiraient Évangéline pour sa beauté passive. Je doute fortement qu’ils vantaient ses qualités de victime. Un peuple meurtri se doit de survivre.
Évangeline fut une figure tragique qui a donné à l’Acadie son mythe fondateur. Cependant, ce n’est pas tellement ses qualités prétendument traditionnelles ou virginales qui lui donnent toute sa force. Ce qui résonne au sein de la population est son courage et sa persévérance qui lui ont permis de surmonter la Déportation.
   Histoire: femmes et clergé
Cette image «traditionnelle», pure et passive, que l’on a attribuée à Évangéline ne peut être dissociée d’une vision de l’histoire racontée principalement par des hommes. L’association, voire la symbiose, entre Évangéline et le discours tenu par l’Église ne fut pas si difficile à tisser. La racine étymologique d’Évangéline se réfère à l’Évangile, à la bonne parole de Dieu. Les Acadiens choisirent aussi l’Assomption comme jour de fête nationale. Aurait-on pu s’attendre autrement d’un peuple qui s’est donné la Vierge Marie comme Sainte patronne?
Je ne veux aucunement prendre à partie le clergé ou minimiser son immense contribution à l’histoire nationale acadienne. L’apport de monseigneur Marcel-François Richard à la fin du XIXe siècle ou celle de père Clément Cormier, qui a siégé à la commission Laurendeau Dunton, est monumental. Le clergé a effectivement façonné le développement national acadien. Et même aujourd’hui, l’Acadie ne semble pas avoir le même sentiment anticlérical au sein de l’élite ou de la société que l’on observe au Québec, par exemple.
Il faut se rappeler aussi que la position dominante des hommes et du clergé a fait en sorte que nous avons sous-estimé le rôle concret, vital et même «fondationnel» que les femmes acadiennes ont joué à l’époque coloniale et par la suite. La femme acadienne du XVIIIe ou du XIXe siècle a joué un rôle plus important au développement national que celui, par exemple, d’un gérant de caisse populaire ou d’un homme d’affaires au XXe siècle. C’est le moins qu’on puisse dire d’une femme qui a donné naissance à une dizaine d’enfants, qui a tissé des vêtements de lin, qui a labouré les champs, qui a tenu foyer, qui a lavé la maison, qui a nourri la famille malgré le fait que le mari fut absent ou déporté. A bien des égards, la femme était, dans les faits, à la tête de la famille acadienne coloniale. Et qui veillait aux accouchements? Que dire des institutrices acadiennes dans la construction nationale? Qu’on veuille le reconnaître ou non, l’ouvrage de la femme était bien plus vital pour l’Acadie justement à cause de la fragilité acadienne qui se remettait du Grand Dérangement.
   La persistance du mythe
La qualité la plus admirable d’Évangéline, et ce qui a pu faire d’elle l’héroïne nationale, ne se retrouve pas uniquement dans sa piété ou dans une représentation catholique du monde. Si les Acadiens ont pu célébrer le courage d’Évangéline pendant plus d’un siècle, c’est probablement aussi pour sa ténacité. Sa détermination inébranlable à trouver Gabriel nous semble refléter l’étoffe dont furent faites nos ancêtres acadiennes. Cette force intérieure est aussi à l’image du rôle indispensable qu’a joué et que continu de jouer la femme aujourd’hui. Paradoxalement, le travail vital de la femme n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur.
Il faut se rappeler que ce ne fut que les hommes qui furent rassemblés à l’église de Grand-Pré ce funeste jour de septembre en 1755. Si l’Acadie a pu survivre cette tentative de génocide culturel à peine voilée, nous le devons à nos ancêtres acadiennes. Ce sont elles qui, contre toute attente, ont démontré leur courage alors que leurs pères, leurs maris, leurs frères ou leurs fils partirent en guerre ou embarquèrent sur les navires sans jamais revenir.


Publié dans L’Acadie Nouvelle

La femme acadienne à l’ombre d’Évangéline

Commentaire   le vendredi 12 avril 2013