Aide-toi et le ciel t’aidera

La Loi sur les langues officielles du Canada est un outil crucial pour le développement de l’Acadie. Cette loi — adoptée en 1969, modifiée en 1988 et renforcée en 2005 — énonce des principes fondamentaux d’égalité du français et de l’anglais au sein des institutions fédérales.

Les lois, bien qu’importantes, ne peuvent pas faire le travail de développement communautaire d’elles-mêmes. Les francophones et Acadiens ont besoin de mettre la main à la pâte pour atteindre les objectifs d’égalité linguistique. Comme le veut l’adage : aide-toi et le ciel t’aidera. Ainsi, les Acadiens ne devraient pas attendre la Providence gouvernementale ou rester passifs à l’égard du fait français. Une communauté forte se construit par la détermination des gens sur le terrain et non pas simplement par le cadre législatif qui gouverne la société.

Les organismes porte-parole, comme la Société nationale de l’Acadie ou la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, ont raison de veiller au grain et d’exiger des comptes des gouvernements. Cependant, on met tellement d’énergie à développer ou à modifier des lois linguistiques qu’on oublie parfois que les citoyens jouent un rôle névralgique pour les mettre en œuvre.

Les lois linguistiques ne sont pas des armures impénétrables qui préviennent tous les assauts. Ce sont des armes qui nous invitent à nous battre et à agir en faveur du développement communautaire. Une approche passive ou qui dépend exagérément de l’intervention gouvernementale va, à la longue, miner la communauté. Un effort efficace consiste à bien manier les lois et autres outils pour contribuer au développement d’une Acadie francophone et forte. Le Salut de l’Acadie ne dépend pas de la générosité souhaitable des autres mais de l’initiative et de l’amour-propre des Acadiennes et Acadiens.

La Loi sur les langues officielles exige que les institutions fédérales prennent des « mesures positives » pour contribuer au « développement et l’épanouissement » des communautés francophones en milieu minoritaire. Ces responsabilités gouvernementales ont un énorme potentiel bénéfique. Certains ministères ou agences réussissent mieux que d’autres.

Qu’importe ce que font les institutions fédérales, les Acadiens devraient s’interroger à l’egard des mesures positives que tous et chacun peuvent prendre dans leur quotidien. Il ne s’agit pas de déresponsabiliser les autorités gouvernementales. Au contraire, plus les Acadiennes et Acadiens agissent concrètement en faveur de leur développement, plus l’action fédérale sera porteuse.

Quelles sont ces « mesures positives » que peuvent prendre les membres des communautés francophones?

D’abord, les Acadiens devraient être fiers de leur langue et de leur communauté. Ils devraient parler cette langue, en assumer les accents et ne pas succomber à l’anglicisation. Le parler acadien a une riche histoire qu’il faut faire vivre. Comme bien des artistes musicaux d’aujourd’hui qui s’expriment sans complexe, il faut célébrer la francophonie.

La consommation des médias francophones locaux est certes une mesure positive. Lire les journaux hebdomadaires ou quotidiens, acheter de la publicité dans les médias, animer une émission à la radio communautaire, regarder la télévision d’UNIS ou de Radio-Canada Acadie sont des exemples d’effort individuel qui font le plus grand bien à la communauté.

Un domaine fort important où les francophones peuvent agir est le développement économique local. Le choix des consommateurs acadiens peut favoriser les producteurs et les entreprises francophones. Il faut récompenser l’entrepreneurship francophone en magasinant chez eux. Les commerces appartenant aux Acadiens doivent fièrement s’afficher en français. Les leaders communautaires doivent faire comprendre aux entrepreneurs anglophones dans ces milieux qu’il est dans leur interêt de bien desservir la communauté en français.

Une fierté envers la langue, placé au cœur de la communauté, encourage la fréquentation d’écoles, collèges et universités de langue française. En milieu minoritaire, il y a souvent des enfants dont l’un des parents n’est pas francophone. Il faut être sensible à ces défis et fournir les outils pédagogiques qui favorisent la réussite de tous. Encourager et participer aux activités parascolaires en français contribue à la vitalité communautaire.

Une Acadie pleinement épanouie est celle qui s’ouvre à la francophonie. Chacun a un rôle à jouer pour s’assurer que l’immigration francophone soit réussie. L’action individuelle des Acadiens est nécessaire pour améliorer l’accueil et l’intégration des francophones venus d’ailleurs : parrainage, socialisation et entre-aide familiale.

En conclusion, rappelons-nous que le développement est d’abord une affaire des communautés et non des gouvernements. Bien que les institutions fédérales aient des obligations législatives, ce sont les individus qui sont les premiers responsables de leur épanouissement collectif et communautaire. Agir résolument pour le bien-être collectif, en utilisant tous les outils à sa disposition, est la meilleure façon de gagner son ciel communautaire.


« Aide-toi et le ciel t’aidera »

Le Moniteur Acadien, 17 février 2021

Cahier spécial, Pour l’amour de l’égalité linguistique, page 16

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