Une démocratie vigoureuse est féminine

La chronique inaugurale de Stéphanie Chouinard (« Le Boys’ Club », 27 août) dresse un tableau peu reluisant de la place des femmes en politique néo-brunswickoise. Elle expose quelques faits inquiétants et nous incite à y réfléchir davantage. La question est fondamentale. En quoi la présence accrue des femmes et l’exercice véritable du pouvoir par les femmes sont-ils bénéfiques en politique?

Les réponses tiennent à la nature même de la démocratie. Dit autrement, la participation effective des femmes améliore tant la joute politique que les politiques publiques qui en résultent.

La démocratie « représentative » repose sur le fait que l’on élit nos représentants politiques qui agissent en notre nom et défendent nos intérêts. Cette démocratie doit aussi représenter la société ; elle doit en être son miroir. Une démocratie digne de ce nom reflète le public qu’elle gouverne. La composition d’une assemblée législative ou d’un cabinet des ministres qui ressemble davantage à la population, dans toute sa diversité, améliore la démocratie. Puisque la moitié de la population est féminine, il s’ensuit que la politique doit atteindre ou du moins tendre vers cet équilibre des forces des genres.

La démocratie est aussi « délibérative » ; il faut débattre des idées et adopter les meilleures décisions possibles. Comment peut-on prétendre avoir de bonnes politiques publiques si la moitié de la population n’est pas à la table pour en discuter? Pour bien débattre, il faut aussi s’assurer que les personnes et les points de vue soient effectivement représentées et prises en ligne de compte. Une seule femme confrontée à une table de 20 décideurs du point de vue adverse n’est pas à l’image d’une démocratie fonctionnelle. Il en serait de même pour un francophone seul, perpétuellement en minorité, sans véritable pouvoir. Donner la parole à quelqu’une en ignorant systématiquement le fond de sa pensée n’est pas un véritable débat démocratique.

Certains enjeux politiques suscitent davantage une présence des femmes dans l’imaginaire du public : l’avortement, les politiques familiales, l’éducation des jeunes ou la santé publique. La perspective et l’influence féminine dans ces domaines sont certes la bienvenue. Il faut cependant éviter une division des tâches qui aboutirait à une forme de ségrégation en politique. L’ensemble des sujets à débattre ou de gouvernance gagnent à avoir une présence significative des femmes et leurs idées.

Pourquoi y a-t-il eu si peu de femmes ministre des Finances ou première ministre ? La population a son mot à dire mais les politiciens qui protègent leur chasses gardées y contribuent. Cependant, faire place à autrui ou à la différence élargit nos horizons. Tous et toutes y gagnent.

Il faut briser le cercle vicieux du « Boys’ Club » qui divise artificiellement la population, marginalise des voix importantes et désaffranchit les citoyennes. Une démocratie vigoureuse est féminine.

Ricky G. Richard

Québec


Il faut briser le cercle vicieux du « Boys’ Club »

Mon opinion, L’Acadie Nouvelle, Le 28 août 2020 (édition numérique) Le 29 août 2020, page 17. (édition imprimée)

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s