Le moment Meech de la francophonie canadienne

Lorsque, fouettées par l’intolérance des autres, les identités collectives latentes se réveillent, les décideurs n’ont qu’à bien se tenir. La francophonie canadienne, à l’image des Québécois qui se sont soudés autour du rejet de l’entente du lac Meech, se mobilise. Quelle allure prendra cette solidarité renforcée?

La francophonie canadienne a essuyé plusieurs gifles l’an dernier. La liste est trop longue pour en faire l’énumération exhaustive. L’année 2018 passera probablement à l’histoire comme l’annus horribilis de la francophonie canadienne. En même temps, les francophones en milieu minoritaire vivent probablement leur « moment Meech », analogue à celui qui a avivé la fierté nationale québécoise au cours des années 1990. La fibre identitaire s’active parfois au gré de l’adversité.

Dans leur train-train quotidien, les individus questionnent rarement leur identité profonde. Ils ne sont pas toujours pleinement conscients des fondements collectifs qui échafaudent leur identité individuelle : la langue, la culture, le genre, la diversité, les déterminants socio-économiques, l’histoire ou d’autres référents significatifs.

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Ode à mes grands-parents

Il y a des sociétés qui vénèrent leurs aînés et leur accordent un rôle de premier plan dans le développement collectif. J’admire ce respect intergénérationnel et je pense à mes propres ancêtres. Je suis le produit d’hommes et de femmes acadiennes qui m’ont précédé. Certains n’ont pas eu une existence facile, notamment mes grands-parents et les autres Acadiens qui ont vécu l’entre-deux-guerres ou même l’entrée dans la modernité après 1960.

Je dis souvent, de façon anecdotique, que j’avais 13 grands-parents à ma naissance : des 4e et 5e générations des deux côtés. Laissez-moi vous entretenir à propos de deux d’entre eux. Je les ai bien connus, je les aime et l’une est toujours des nôtres.

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Jeux de la Francophonie: la chasse aux sorcières

Comme le veut l’expression populaire, l’éditorial faisant l’autopsie des Jeux de la Francophonie (5 février 2019) est « passé à côté de la track ». François Gravel, qui mérite amplement les prix qui lui sont décernés pour d’autres éditoriaux, n’est pas sur la coche cette fois-ci. Il semble participer d’une chasse aux sorcières qui se répand en Acadie et au Nouveau-Brunswick.

Dans les médias sociaux, les uns blâment les organisateurs pour la débâcle des Jeux de Dieppe-Moncton, mort-né. D’autres font porter l’odieux sur un parti politique adverse ou l’ancien gouvernement. Certains reprochent au gouvernement fédéral sa formule connue de financement paritaire. Plusieurs achètent en entier le discours de l’austérité sans faire la distinction entre une dépense et un investissement.

Le véritable enjeu n’est pas la quête des coupables. Il faudrait plutôt questionner les causes profondes et surtout évaluer les conséquences de la décision Higgs-Austin à moyen et long terme. L’utilité d’une autopsie n’est pas uniquement de trouver les causes immédiates du décès mais plutôt d’utiliser la science pour prévenir d’autres décès à l’avenir.

Ainsi, s’il faut se pencher sur l’avortement des Jeux de la Francophonie de 2021, tirons-en des leçons pour l’avenir de l’Acadie et la francophonie au Nouveau-Brunswick. Est-ce que les Acadiens pourront rétablir un rapport de force afin de contrer ce courant intolérant qui cherche à brimer les droits linguistiques constitutionnels chèrement acquis? Est-ce que les associations communautaires et la population vont s’élever d’une même voix pour réclamer rien de moins que l’égalité réelle des francophones dans toutes les sphères d’activité?


Jeux de la Francophonie : la chasse aux sorcières

Mon opinion, L’Acadie Nouvelle,

Le 5 février 2019 (édition numérique)

Le 6 février 2019, page 10 (édition imprimée)