La constellation francophonie

Comment pouvons-nous décrire toute la complexité et la richesse de la grande solidarité francophone canadienne ?

Les géographes ont été les premiers à donner des représentations de la francophonie en formes et images. Il y a eu l’image de la ceinture bilingue (ou le « bilingual belt »). Ensuite, feu Dean Louder et Eric Waddell ont proposé l’image de l’archipel, rappelant les références à la mer anglophone. Le Centre de la francophonie des Amériques, par l’une de ses initiatives phares, nommée Constellation francophone, a trouvé l’image emblématique qui nous représente : la constellation Francophonie!

La francophonie canadienne est une constellation. Visualisez : des villes-étoiles plus brillantes les unes des autres, reliées entres elles par des faisceaux ou corridors.

Cette image de la constellation, plus juste et contemporaine, nous fait prendre conscience que les grandes concentrations de francophones sont reliées entres elles par des corridors plus ou moins densément peuplés de francophones ou francophiles ou bilingues qui participent tous, à leur façon, à son essor.

L’image de la constellation : car la francophonie est visible, brillante et vibrante même si elle est aussi, en quelque sorte, insaisissable. Certains la regardent à l’oeil nu et d’autres utilisent leurs télescopes pour en donner une image plus fine, plus nette, plus fidèle à ce qu’elle est véritablement. Cette constellation renvoie à une image non territoriale, abstraite, mais vivante.

La constellation Francophonie est un construit social, une représentation que chacune et chacun porte en soi. Chaque personne qui y croit fait vivre cette identité en elle et peut en témoigner aux autres.

Une constellation virtuelle mais bien réelle

Les médias sociaux et la technologie mettent les francophones en relation en dépit des distances qui séparent les foyers ou pôles de la francophonie. À l’ère numérique, l’enjeu de la vitalité francophone ne dépend pas seulement de la concentration géographique ou de la densité. Le défi actuel est celui de la capacité plus ou moins développée de la francophonie de créer des espaces réels ou virtuels véritablement à son image.

La francophonie est à la base une grande solidarité, parfois méconnue ou mal représentée. Plus d’un million de francophones éparpillés par-delà le territoire canadien y vivent. On les désignent à tort comme des « hors-Québec » ou des « minoritaires ». Sachez qu’il y a davantage de « minoritaires » au Canada qu’il y a de Québécois à la ville de Québec !

Cette grande francophonie canadienne est multiple, plurielle, diversifiée, multi-ethnique et multi-confessionnelle. Il y a immigrants hispanophones, des arabes, des Africains, des parlant français européens de Belgique ou de France et bien sûr des Québécois. Il y a des urbains et des ruraux. Il y a des gens très éduqués, et d’autres qui ont du mal à vivre pleinement en français ou qui n’ont pu faire toutes leurs études en français, notamment avant l’avènement des garantis constitutionnelles en éducation (l’article 23 de la Charte canadienne des droits et liberté).

Il y a un réseau scolaire, universitaire et collégial de langue française, en plein essor. On peut y faire des études techniques ou doctorales entièrement en français sans jamais s’être inscrit dans un cégep ou une université québécoise. Qu’un francophone parle avec un accent ou se dit fier d’être bilingue ne devrait aucunement remettre en doute sa volonté de vivre et s’épanouir en français.

Autour des étoiles de la constellation Francophonie, il y a des communautés francophones, bien enracinées et différentes les unes des autres. Leur mode d’expression et leur histoire diffèrent mais les ressemblances tendent à les unir dans un même dessein.

L’Ontario, avec plus d’un demi million de francophones, a une longue histoire migratoire qui remonte à Étienne Brûlé. S’ajoute à cette population francophone de nombreux immigrants de tous les horizons imaginables. Les Franco-Ontariens s’expriment en littérature, au théâtre et bien d’autres façons.

Et l’Ouest ou le grand Nord canadien ne sont pas en reste. Oui, ces francophones habitent un vaste territoire et sont peu nombreux comparativement à leurs concitoyens anglophones. Mais il y a plus de 220 000 personnes de langue maternelle française qui vivent à l’Ouest et au Nord de Sault-Sainte-Marie. L’image de la ceinture ne tient plus : l’Ouest et le Nord abrite plus de francophones qu’à Sainte-Hyacinthe et Saguenay pris ensemble ! Il y a des combats épiques pour la défense du français dans l’Ouest. Il y a aussi des institutions et des lieux d’expression de la vitalité.

Une Acadie inédite

Et que dire de cette Acadie nationale ? Les gens ne retiennent habituellement de l’Acadie que deux histoires tragiques qui n’ont rien à voir avec la réalité vécue en Atlantique : le Grand-Dérangement de 1755 et les Cajuns assimilés en Louisiane.

Les non-initiés passent habituellement sous silence la fière histoire d’affirmation nationale acadienne : les conventions nationales ; la mise sur pied de véritables institutions éducatives, économiques et sociales ; l’apparition plus récente de lieux diversifiés d’expression de l’identité acadienne.

Les Québécois, dans le cadre des Francopholies de Montréal, ont récemment goûté à cette Acadie musicale post-folklorique. Un spectacle formidable s’est bâti sur le socle d’Acadie Rock. Les étoiles acadiennes de cette constellation brillaient parmi les fleurs de lys.

La francophonie canadienne peut compter sur l’Acadie territoriale et bien vivante, l’Acadie accentuée mais fière, l’Acadie affirmative et militante : pour tout dire, l’Acadie 2.0.

Aux détracteurs

En dépit des détracteurs, la constellation Francophonie se porte plutôt bien. Elle a son lot de défis, comme ailleurs.

À celles et ceux qui critiquent la trop grande dépendance à l’égard des subventions gouvernementales, répondons : pourquoi reprocher aux gouvernements d’habiliter des communautés linguistiques afin qu’elles puissent exprimer leur identité, assumer ce qu’elles sont collectivement, ou ce qu’elles pourraient devenir si elles en avaient les moyens ?


La constellation francophonie

Le Droit, 4 juillet 2017

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