Délicieux Fric-Opéra rock acadien

La caravane acadienne des Hôtesses d’Hilaire est arrivée sur les capes de roues à l’Impérial Bell de Québec le 15 novembre dernier. Une seule représentation de leur opéra Rock « Viens avec moi » et ils repartent déjà pour l’Acadie. Les critiques québécoises, déjà élogieuses y voient Star Mania. À vrai dire, il s’agit plutôt d’un Fric-Opéra Rock, servi à l’acadienne.

Tel un bon fricot acadien, cet Opéra-Rock est un savant mélange des meilleurs ingrédients du terroir acadien. Ce mets typique nous rappelle les racines mais reste intemporel. Ce fric-opéra fut savamment brassé et assaisonné par un Serge Brideau, fidèle à lui-même mais moins débridé qu’à l’habitude.

Car si la plume et l’originalité de Brideau bat la mesure de ce spectacle théatro-musical, sa présence s’est quand même faite discrète. Tel un Raymond Bourque, le fabriquant de jeu par excellence, Brideau a alimenté des artistes autour de lui. Il leur a laissé une place pour s’illustrer à l’avant-scène : et tous étaient à la hauteur.

D’emblée, la naratrice (Diane Losier) donne le ton et nous met en contexte. Jeune Kevin (Robin-Joël Cool), qui croupit à Tracadie, veut voir grand. Il veut sortir de son trou et montrer ses talents en « poussant sa note ». S’enchaîne ensuite un créscendo musical et sensoriel hors du commun mais séduisant. Si la saveur et le récit sont bel et bien acadiens, le spectacle intègre une bonne participation québécoise, notamment pour la mise en scène et des apparitions ésotériques.

Sur une toile de fond musicale des années 1980, on raconte l’histoire d’un acadien en mal d’identité qui cherche à se frayer un chemin dans le monde du concours musical. On en perd sa Voice en voyant nos Idols malmenés mais résilients. La sonorité — qui rappelle surtout Dark Side of the Moon ou parfois Flaming Lips avec des clins d’œil à Joy Division et au disco — est ambio-phonique. On est transporté, à la Tommy ou The Wall, dans un univers musical raconté théâtralement.

Les musiciens étaient à la hauteur. Que le bassiste, percussionniste ou le claviériste soit effectivement une coche au-dessus, les autres brillent tout autant par leur performance. Les choristes (Hay Babies), la narratrice, la Star anglophone interprétée par la montréalaise Anna Frances Meyer (DeuxLuxes) et tout l’entourage des Hôtesses ont livré une performance immensément appréciée. Tel un bon fricot qui a de bons ingrédients : le public en veut davantage.

Avec une salle largement québécoise à l’Impérial Bell, la poignée d’Acadiens de la diaspora se sont faits discrets. Aucun drapeau acadien ou accent n’était perceptible à prime abord. Ce spectacle, enfanté par des Acadiens, rejoignait une humanité collective plutôt qu’une identité fermée sur soi. Il visait à séduire un auditoire francophone, dont ceux du Québec. En deux mots, on a parlé aux Québécois d’une voix acadienne.

Une réussite sur toute la ligne car les Québécois, après avoir sourcillé et tenté de comprendre le type de spectacle qui se déployaient devant leurs yeux, ont graduellement été enchantés. Tous se reconnaissaient dans cette auto-dérision de nos sociétés numérisées où chacun active ses pouces sur le petit mobile. Les uns jouent aux jeux vidéo désuets dans leur robe de chambre en flanelle. Les autres regardent les émissions de variété modernes : les concours musicaux factices qui font rêver à Vegas.

La ville de Québec a été conquise. Plusieurs connaissaient les Hôtesses et d’autres les découvraient pour la première fois. Dire que les critiques étaient unanimes serait un cliché mais il est indéniable que la foule a adoré.

Le génie du spectacle est d’avoir raconté une histoire d’un point de vue acadien sans avoir enfoncé le drapeau acadien dans le gargotton de l’auditoire. Petits bémols : le nom du spectacle ne coule pas de soi, ni ne semble traduire l’œuvre grandiose; pire encore, la tournée s’arrête.

Ce spectacle démontre que l’Acadie peut fièrement afficher son identité et que celle-ci peut être appréciée au Québec. Les artistes Acadiens qui s’illustrent en sol québécois ne vendent pas leur âme ou ne perdent pas leur identité acadienne pour autant.

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