L’arbre est dans ses feuilles

La francophonie canadienne est comme un arbre qui s’enracine et survit aux tempêtes. Sans l’effet du vent, les arbres ne croissent pas aussi vite et ne développent pas les racines nécessaires pour résister aux intempéries. La francophonie en milieu minoritaire est de la même étoffe.

Les francophones se sont habitués à vivre dans des milieux parfois inhospitaliers à leur culture. Mais l’adversité a aussi fait grandir la francophonie.Les francophones, telles les feuilles d’un arbre, accomplissent un travail silencieux et inlassable qui fait vivre leur communauté. L’enracinement essentiel à la survie d’un arbre dépend de l’action cumulative de ses feuilles. De même, la vitalité est la résultante du travail individuel et collectif qui donne corps à la francophonie.

Les francophones savent que leur identité est un héritage précieux et fragile. La culture, transmise au foyer et à l’école, est riche mais la société ambiante ne lui est pas toujours favorable. L’interaction nécessaire avec les concitoyens fait en sorte que l’influence de l’anglais est grande.

L’assimilation existe. Il s’agit d’un phénomène mesurable dont on peut tracer l’évolution. Certains, le regard fixé aux statistiques désolantes, développent une attitude défaitiste qui porte ombrage au véritable dynamisme des communautés. Nous devons étudier l’assimilation pour mieux en cerner les causes et en contrer les effets.

Il faut apprécier la vitalité francophone et les efforts consentis au travail d’épanouissement de ceux qui résistent. Les francophones sont des bâtisseurs qui ont fondé des paroisses, bâti des écoles et créé des associations. Elles et ils se sont dotés d’une foule d’institutions à leur image.

Les majoritaires peinent à comprendre l’énormité des défis du milieu minoritaire : y vivre en français est une affirmation identitaire de tous les instants. Chaque geste ou toute parole exprimée est une forme de résilience. Combien de fois les francophones se demandent s’ils reprennent le bâton de pèlerin, s’ils réclament pour une nième fois un service en français, s’ils osent être publiquement ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes?

Le français n’a pas toujours sa place dans l’espace publique. Là où la Constitution et les lois ne donnent pas droit de cité au français, la transmission linguistique et l’affirmation identitaire sont d’autant plus difficiles. Comme l’a si bien dit un grand défenseur des francophones au Nouveau-Brunswick, feu Jean-Maurice Simard : il y a « loin de la coupe aux lèvres ». Entre les droits francophones et leur réalisation effective, il existe un écart ou même un fossé dans certains milieux.

Les francophones ne cessent de clamer l’égalité réelle et d’y travailler. Ils résistent aux injustices qui portent atteinte à la dignité humaine ou à l’expression culturelle. Ils épousent les valeurs de la dualité linguistique et s’attendent à ce qu’elle soit respectée. Bien que la tempête souffle à l’occasion, les francophones peuvent se réfugier dans les espaces de vie en français qu’ils ont créé. Ils animent des communautés, essaimées sur un grand territoire, qui s’enracinent et fleurissent.

Plusieurs apprécient la chanson interprétée par Zachary Richard, référée en titre. Rappelons la beauté de la langue parlée en 1980 par ce Cadien qui rejoint la langue orale acadienne : « Dans le yarb’e, y’a un p’ti’ branche […] dans le trou y’ un p’ti’ nic’. […] dans l’oiseau, y a un petit cœur […] L’arbre est dans ses feuilles. »

Pour tout dire : la francophonie canadienne est une histoire de feuilles, de cœur et surtout, d’amour.


Le Droit

Votre opinion, jeudi le 19 octobre 2017

L’arbre est dans ses feuilles, Le Droit

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