Violence sociale et contrôle des armes à feu : qui parle au nom des victimes?

La protection des victimes et des victimes potentielles devraient toujours l’emporter sur les droits d’autres citoyens de porter ou de se servir d’armes capables d’infliger des blessures mortelles.

Au creux de notre confort canadien, il y a des phénomènes sociaux qui s’expliquent mal : les tueries visant plusieurs personnes innocentes ou la violence faite aux enfants. Les nouvelles internationales nous rapportent de telles tragédies comme à Newtown au Connecticut ou la tuerie en Norvège qui visait des jeunes actifs en politique.Le Canada n’est pas immunisé contre cette violence inhumaine de personnes qui s’en prennent à leurs concitoyens. Le plus triste incident qui vient à l’esprit est la tuerie à la Polytechnique qui a eu lieu le 6 décembre 1989. Presque 30 victimes, dont la plupart des jeunes femmes, ont été abattues avec une arme automatique capable de décharger des projectiles à une vitesse ahurissante.

Un débat social à l’égard des armes à feu s’est amorcé au Canada. Comment peut-on éviter de telles tragédies? De quelle façon peut-on mieux contrôler les armes à feu? Doit-on prohiber tous les types d’armes?

La réponse canadienne

L’incident à la Polytechnique a eu pour effet de mobiliser les femmes et les groupes sociaux qui ont vite dénoncé cette violence et l’utilisation des armes à feu automatiques. Après plusieurs années d’effort, il en résultait la création du Registre canadien des armes à feu qui fut salué par des groupes de défense de victimes, des groupes de femmes, les services de police et bien d’autres citoyens.

Suite à la dernière élection générale, le gouvernement s’est servi de sa majorité au Parlement pour mettre fin au registre des armes à feu. Depuis le 5 avril 2012, il n’est plus nécessaire d’enregistrer des armes d’épaules, quoiqu’il soit toujours requis d’avoir un permis de possession d’arme et d’enregistrer les armes prohibées.

Il ne faut pas s’étonner de la décision du gouvernement puisque, dès son élection, il a mis de l’avant un programme misant sur la loi et l’ordre. La base militante du parti conservateur se situe dans l’Ouest canadien et en aussi en milieu rural, là justement où la possession d’armes de chasse est bien ancrée dans les mœurs.

Ici en Acadie, l’enregistrement des armes a connu une certaine résistance de la part des clubs de chasse et pêche qui y voyaient une occasion pour le gouvernement de taxer davantage les citoyens. Les chasseurs, disent-ils, ne sont pas des meurtriers qui s’en prennent à leurs concitoyens. Ils ne veulent que pratiquer la chasse sportive en toute quiétude. Le gouvernement ne devrait pas s’en mêler. D’autres ont choisi l’analyse des politiques publiques pour critiquer l’efficacité de ce programme qui gruge inutilement les fonds publics.

La province de Québec s’est opposé à cette dérèglementation fédérale et a même porté la décision devant les tribunaux. L’incident de la Polytechnique est encore trop frais à la mémoire pour faire marche arrière. Par ailleurs, le rôle influent de femmes au sein du Cabinet a probablement contribué à la résistance du gouvernement provincial qui a promis de maintenir son propre registre, indépendamment du fédéral.

Contrôle des armes à feu

Il est vrai que nous ne devrions pas présumer que tous les citoyens qui possèdent des armes à feu sont des criminels. La violence de rue ou le gangstérisme à Montréal ou à Toronto n’a rien à voir avec les clubs de chasse et pêche ou les sorties d’amis dans une pourvoirie. Cependant, ne pouvons-nous pas admettre qu’un registre des armes à feu est un mal nécessaire pour aider les forces policières à donner une réponse mesurée à la violence civile et aux armes à feu? Par ailleurs, veut-on que des personnes avec un lourd passé criminel ou une propension à la violence puissent avoir un accès facile à des armes à feu sans un contrôle policier ou gouvernemental?

Les cas de violence conjugale sont malheureusement à la hausse, ou du moins, plus visibles qu’auparavant. Ne voudrait-on pas éliminer les cas où des hommes sans passé criminel se sont servis d’armes de chasse pour se venger? N’est-il pas raisonnable que les corps policiers qui doivent répondre à un appel de violence conjugale sachent s’il y a des armes dans la résidence?

La protection des victimes et des victimes potentielles devraient toujours l’emporter sur les droits d’autres citoyens de porter ou de se servir d’armes capables d’infliger des blessures mortelles.

Il ne faut pas se leurrer. Le fait d’avoir un registre des armes à feu ne va pas éliminer tous les cas de violence. Un registre n’aurait pas prévenu l’incident de la Polytechnique. Il s’agit cependant d’une mesure raisonnable qui permette de réduire le niveau de violence qui sévit dans nos communautés.

D’autres actions complémentaires peuvent aussi avoir un effet positif : un suivi attentif des criminels reconnus, une approche plus communautaire ou préventive des corps policiers, une dénonciation des cas de violence physique envers des enfants ou des femmes perpétrée par leurs proches, des investissements publics dans les centres venant en aide aux victimes de violence, un système judiciaire ou une réglementation qui protège davantage les victimes de leurs agresseurs, etc.

De sages précautions

Mais avant que ces mesures puissent être mises en œuvre, nous sommes aujourd’hui confrontés à un cas où le Canada a fait marche arrière dans un dossier. Le registre des armes à feu n’était peut-être pas la réponse complète ou définitive à la violence civile, mais il s’agissait d’un des éléments d’une solution plus globale.

La présence d’un registre ne devrait pas donner aux citoyens un faux sentiment de sécurité. Il ne faut pas croire que le registre règle tout, qu’il est une panacée. Les actes de violence physique et mortelle ne sont pas des problèmes sociaux qui se règlent facilement. Et on ne peut affirmer qu’une quelconque politique ou qu’un registre va tout régler. Par contre, lorsqu’il y a des projectiles mortels et des armes automatiques en cause, ne devrions-nous prendre toutes les précautions? N’est-il pas mieux prévenir au lieu de guérir?

Le contrôle des armes à feu ne nous permet pas de remonter le temps ou de restaurer la dignité de victimes ou de celle de leurs proches qui ont survécu au drame. Il s’agit, par contre, d’une mesure nécessaire dans une société qui veut légitimement protéger les citoyens en limitant l’accès aux armes mortelles. Les citoyens qui respectent la loi n’ont rien à craindre d’avoir à acquérir un permis de port d’arme ou d’enregistrer leurs armes à feu.

Et pour ceux et celles qui croient que la violence mortelle avec des fusils de chasse est rare ou inexistante au Canada, je vous rappelle qu’il y a à peine quelques semaines qu’un drame aurait pu tourner au massacre dans une garderie de Gatineau. Un homme aveuglé par un désir de violence s’en est pris au nouveau copain de son ex-épouse avant de retourner son arme contre lui. Tous les parents ont vécu les pires moments de leur vie avant d’apprendre que leurs petits étaient tous sains et saufs.


Acadie Nouvelle

Commentaire, mardi le 7 mai 2013

La violence sociale et contrôle des armes à feu

 

 

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